Ce projet photo, portrait de femme, est le premier d’une série de douze portraits photographiques.
Avec « Un mois, une photo », j’ai choisi de mettre chaque mois une femme à l’honneur, de raconter son histoire et de créer autour d’elle des images qui lui permettent, peut-être, de se regarder autrement.
Ce projet est né d’une séance photo particulière, lors de laquelle une femme m’a confié son histoire personnelle autour de son corps, de sa prise de poids et du regard qu’elle portait sur elle-même. Cette rencontre m’a fait prendre conscience de ce que la photographie pouvait parfois provoquer : une autre façon de se voir, de se redécouvrir et de se réapproprier son image.
C’est de cette expérience qu’est née l’envie de consacrer douze mois à douze femmes, douze histoires et douze rencontres.
Parce que photographier quelqu’un, ce n’est pas seulement créer une jolie image.
C’est parfois permettre à une personne de s’arrêter quelques instants, de se regarder autrement et de redécouvrir une partie d’elle-même qu’elle ne voyait plus.
Douze femmes. Douze histoires. Douze façons de se voir.
Pendant douze mois, j’ai décidé de proposer chaque mois un portrait à une femme.
Des femmes différentes.
Des parcours différents.
Des personnalités différentes.
Certaines auront traversé une épreuve. D’autres seront simplement à un moment particulier de leur vie. Certaines auront besoin de se réconcilier avec leur image, leur corps ou une partie d’elles-mêmes.
L’idée n’est pas de créer une série de portraits « parfaits ».
Au contraire.
Je veux photographier des femmes réelles, avec leur histoire, leurs forces, leurs fragilités et tout ce qui fait qu’elles sont elles.
À travers ce projet, j’ai aussi envie d’explorer cette dimension de la photographie que l’on évoque parfois comme une forme de photothérapie : non pas comme une thérapie au sens médical du terme, mais comme une expérience qui peut participer à changer le regard que l’on porte sur soi.
Prendre le temps d’être regardée autrement.
Et peut-être, ensuite, apprendre à se regarder autrement soi-même.
Portrait n°1 : Sophie
Sous la tempête, la lumière n’a jamais faibli.
Pour commencer ce projet, j’ai rencontré Sophie.
Et le calendrier a fait que son portrait serait naturellement publié en octobre, mois de sensibilisation au cancer du sein.
Mais avant d’être un portrait autour du cancer, cette séance est avant tout le portrait d’une femme.
Une femme, une épouse, une maman.
Une femme qui a eu peur.
Une femme qui a douté.
Une femme qui a continué.
« Sous la tempête, la lumière n’a jamais faibli… »
« Fin janvier 2026.
Ce jour où le reste de ma vie semble soudain être suspendu à un fil. »
C’est ainsi que Sophie commence son histoire.
Un diagnostic qui bouleverse tout.
Au-delà de l’annonce de ce mot que personne n’a envie d’entendre, c’est surtout l’angoisse qui transparaît.
Son mari.
Ses enfants, si jeunes, trop jeunes.
Impossible d’imaginer qu’ils puissent un jour être sans elle.
Et puis cette phrase :
« Moi, ça va aller. J’en suis certaine.
Comme toujours, je vais gérer. »
Sophie est de celles qui gèrent.
Qui organisent.
Qui anticipent.
Qui avancent.
Parce que gérer lui donne cette sensation de maîtriser.
Alors elle organise sa vie, celle de sa famille, tout en jonglant avec les dizaines de rendez-vous médicaux : TEP scan, IRM, biopsie, opération, chimiothérapie…
Et puis, quelques mois plus tard, les résultats sont très bons.
Mais cette traversée a laissé des traces.
Ses cheveux ne sont plus qu’un souvenir.
Quelques cicatrices feront désormais partie d’elle.
Parce qu’elle a toujours voulu avoir cette sensation de maîtriser, un jour, Sophie a choisi de se raser la tête.
Et ce même jour, elle a décidé que désormais, chacun allait devoir accepter cette nouvelle version d’elle.
Parce qu’elle, elle l’assume.
« Les enfants trouvent ça marrant.
Mon mari me dit que je suis belle.Et puis merde.
Je n’ai rien fait de mal.
Je n’ai pas choisi d’avoir un cancer du sein.
Alors cette nouvelle tête fera partie de l’aventure. »
Une autre façon de se regarder
Lorsque Sophie m’a confié son histoire et qu’elle a accepté de poser devant mon objectif, j’ai immédiatement pensé à ce qui avait donné naissance à ce projet.
Le regard que l’on porte sur soi.
Parce que son corps aussi a raconté cette histoire.
Les cheveux perdus.
Les cicatrices.
Les changements.
Mais je ne voulais pas que ces éléments deviennent toute son identité.
Je voulais simplement photographier Sophie dans cette période de sa vie.
Avec ce qu’elle traverse, mais aussi avec ce qu’elle est au-delà de la maladie.
Avec sa féminité.
Avec sa personnalité.
Avec sa force.
Avec ses doutes aussi.
Et surtout, avec cette nouvelle image d’elle qu’elle a choisi d’assumer.
« Aujourd’hui, grâce à Virginie, j’ai envie d’immortaliser cette tranche de vie d’une façon différente, plus douce, plus poétique.
Parce que derrière les cicatrices, derrière les cheveux perdus, derrière les rendez-vous, les traitements et les peurs, il y a moi. »
Il y a moi.
Je crois que cette phrase résume à elle seule ce que j’avais envie de raconter avec ces portraits.
Une femme qui a continué
Sophie aurait pu être définie uniquement par ce qu’elle traversait.
Le cancer.
Les traitements.
Les rendez-vous.
La peur.
Mais son histoire raconte autre chose.
« Une femme qui a eu peur.
Une femme qui a douté.
Une femme qui a continué.Et surtout, une femme dont je suis fière. »
Et c’est cette femme-là que j’ai voulu photographier.
Pas une représentation de la maladie.
Pas une image de la femme « courageuse » qu’il faudrait absolument être.
Juste Sophie.
Sophie, aujourd’hui.
« Fière d’être cette femme »
La dernière partie de son témoignage me touche particulièrement :
« Fière d’être cette femme forte.
Fière d’être cette femme combative.
Et profondément reconnaissante d’être encore là, entourée de ceux que j’aime. »
Cette séance est le premier portrait de mon projet « Un mois, une photo ».
Et je ne pouvais pas rêver d’un premier chapitre plus fort.
Pas parce que l’histoire de Sophie est plus importante qu’une autre.
Mais parce qu’elle rappelle exactement pourquoi j’ai eu envie de commencer cette aventure : prendre le temps de regarder une femme autrement, et lui offrir des images dans lesquelles elle puisse se reconnaître, se découvrir ou simplement se voir avec un regard différent.
Merci, Sophie
Sophie, merci pour ta confiance.
Merci de m’avoir confié une histoire aussi intime.
Merci d’avoir accepté de te montrer telle que tu es aujourd’hui, avec ta force, ta vulnérabilité et cette nouvelle version de toi que tu as choisi d’assumer.
Et merci de m’avoir permis de commencer cette aventure avec toi.
Ces images sont désormais le premier chapitre d’une histoire qui va continuer pendant douze mois.
Un portrait par mois.
Une femme.
Une histoire.
Une rencontre.
Et à chaque fois, cette même envie :
faire de la photographie un espace où l’on peut prendre le temps de se regarder autrement.
Le prochain portrait sera réalisé dans quelques jours.
Je vous le présenterai très bientôt.
#OctobreRose